La nouvelle vie

Publié le 17 Juillet 2017

La nouvelle vie

Ce dimanche matin, dès la sortie de l'église, les jeunes mariés ont pris la route pour rentrer chez eux. La cérémonie, ainsi que la fête qui a suivi leurs noces sont maintenant terminées. Germaine a tenu à assister une dernière fois au culte dans sa paroisse avant de partir dans sa nouvelle demeure. Les nouveaux époux accompagnés des trois fillettes et de leurs grands-parents sont attendus dans la soirée par les habitants du village qui sont impatients de rencontrer la nouvelle épousée. Par ailleurs, le travail de la ferme n'attend pas. Les voisins les plus proches ont eu la gentillesse de s'occuper du bétail pendant l'absence d'Etienne et ses parents, mais ceux-ci ont leurs propres animaux à soigner et ne peuvent s'occuper de deux exploitations très longtemps. 

La ferme d'Etienne se situe à Cressier, petite localité agricole située entre le lac de Neuchâtel et le lac de Bienne, à une douzaine de kilomètres de Neuchâtel. La voiture étant chargée, ils arriveront le soir à destination. La route est belle, les champs sont bientôt prêts pour la moisson. Les paysans ont déjà commencé à faire les foins. Le paysage est beau avec d'un côté la chaîne montagneuse du Jura et de l'autre les deux lacs. On aperçoit de l'autre côté la plaine donnant sur le canton de Fribourg. Germaine aime la nature et admire sans réserve le paysage qu'elle observe. 

Les fillettes de leur côtés sont émerveillées. C'est la première fois qu'elles ont quitté leur domicile et sont tout excitées. Elles regardent partout, posent des tas de question. Germaine est attendrie par ses trois petits bouts de chou, même si la sienne lui manque. Elle parle avec elle, répond à leurs questions, leur enseigne le nom des lacs, des monts et des sites historiques qu'elles peuvent apercevoir sur la route.

Etienne, tout comme ses parents, sont ravis de voir que le courant est bien passé entre Germaine et les fillettes. Ils sont rassurés. Germaine fera une bonne mère pour les petites. Le trajet de retour se passe dans la bonne humeur.

Lorsqu'ils arrivent au village, de nombreux habitants sont à la fenêtre, guettant leur arrivée, impatients de voir la nouvelle épouse de leur voisin. Certains n'hésitent pas à venir à leur rencontre. On fait les présentations. Puis, on termine le trajet jusqu'au domicile du jeune couple situé à l'extrémité du village.

Lorsqu'ils arrivent à destination, Germaine observe attentivement sa nouvelle demeure. C'est un vieux corps de ferme, admirablement entretenu. La partie droite du bâtiment est réservée aux communs : la grande grange, puis l'étable, l'écurie, la porcherie et la bergerie; La partie gauche est l'habitation. A côté de la porte d'entrée, deux grandes fenêtres aux volets verts. Devant, sous les fenêtres des jardinières remplies de géraniums rouges égaient le décor. A côté de la maison, un jardin incluant verger et potager. La jeune femme est tout de suite séduite par ce qu'elle voit.

A l'intérieur, un long couloir donnant sur le jardin qui s'étend sur plusieurs ares. A gauche, une première porte donnant sur l'étage où se situent les chambres à coucher de l'habitation qui leur est dévolue: trois pièces qui sont réparties entre les parents et les enfants. Une deuxième porte donne sur une grande cuisine débouchant elle-même sur deux autres pièces situées de part et d'autre. A gauche, la chambre à coucher des beaux-parents de Germaine, à droite un petit salon réservé exclusivement à recevoir des invités. Les enfants n'ont pas le droit d'y entrer, seuls les adultes y ont accès et ne s'y rendent que lors de grandes occasions.

La cuisine est spacieuse et moderne pour l'époque; Un grand poêle à bois trône à côté de l'évier. Ce poêle comprend quatre plaques de cuisson et un four. En hiver, il sert également à chauffer les pièces du bas. Les chambres à l'étage ne sont pas chauffées, l'on ne s'y rend que pour dormir. En hiver, on glisse une bouillotte sous les draps une demi-heure avant le coucher afin de tempérer les lits et c'est tout. 

Il n'y a pas de sanitaire. On se lave à la cuisine à tour de rôle. Les toilettes se trouvent à l'extérieur,au bout du couloir donnant sur le jardin, à gauche. Il s'agit d'une petite cabane en bois attenant à l'habitation dans laquelle on a creusé un grand trou sur lequel on a posé une assise en bois de la largeur du cabanon dans laquelle on a découpé un grand cercle pour en faire une chaise percée. Les excréments sont récupérés directement par mère nature.

Derrière la maison, le jardin s'étend jusqu'à l'orée de la forêt et fait le tour de la ferme. De part et d'autre de la demeure s'étendent des champs cultivés et des prairies dans lesquelles broutent du bétail qui tous sont rattachés au domaine familial. C'est une belle exploitation agricole.

Germaine s'est rapidement habituée à sa nouvelle vie. Sa belle-mère lui laisse les tâches qu'elle peut faire sans difficulté malgré son handicap, comme la cuisine et la lessive. Germaine est habile de ses mains. Elle peut donc faire beaucoup de choses dès qu'elle est assise. Les fillettes l'aident en lui amenant un siège chaque fois qu'elle en a besoin.

Lorsqu'elle s'occupe à la cueillette des légumes par exemple, les deux plus grandes lui déplacent son siège d'un rang à l'autre du potager tout en l'aidant. A quatre et cinq ans, elles sont fières d'aider Germaine qui apprécie beaucoup leur soutien. Germaine est très débrouillarde avec ses béquilles et arrive à faire de nombreuses activités avec un minimum d'aide.

La vie suit son cours à la ferme. Germaine et Etienne ont une première fille un an après leur mariage qu'ils prénomment Ernestine. En 1908 naît Amélie. Ernestine et Amélie auront encore deux soeurs, Raymonde et Gertrude qui naîtront respectivement en 1910 et 1912. En 1914, quand le Premier Conflit Mondial éclatera, le maître de maison est l'heureux père de sept filles.

Germaine n'a pas oublié Marthe. Elle lui manque. Elle lui écrit régulièrement. Ses parents viennent lui rendre visite avec l'enfant de temps à autre. Si la jeune mère souffre de l'absence de sa fille aînée, elle est heureuse de voir que celle-ci vit heureuse dans de très bonnes conditions. Elle bénéficie d'une éducation et d'une vie que ses benjamines n'ont pas, la vie étant plus difficile pour une famille avec sept enfants que pour un couple avec un enfant unique. Elle est heureuse de voir Marthe bénéficier de tous les avantages qu'elle-même a reçu. Elle regrette que ses autres filles ne puissent bénéficier elles-aussi de la même vie. Marthe, ignorant que Germaine est sa mère, grandit heureuse auprès de ceux qu'elle considère comme ses parents.

 

 

Rédigé par Christiane

Publié dans #Chapitre 1

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