Chapitre 1 Etienne

Publié le 17 Juillet 2017

Chapitre 1 Etienne

En cette journée de juin 1904, le temps est lourd et la chaleur étouffante. L'orage n'est pas loin. Dans la cuisine de la ferme, un homme déambule encore et encore.

Dans la chambre, Berthe, l'épouse d'Etienne est en travail, la sage-femme à ses côtés. Les deux premières filles du couple, Antoinette et Amandine, sont au jardin avec leur grand-mère paternelle.

A l'intérieur de l'habitation, on entend les gémissements et les cris de douleurs de la mère. La situation se présente mal, l'enfant arrive par le siège. La sage-femme est inquiète. Sa patiente, épuisée par des années de lourd travaux à la ferme, n'a plus la force de lutter. Elle encourage la jeune femme de la voix, mais n'a plus beaucoup d'espoirs.

On frappe à la porte. C'est le médecin qui arrive, enfin...

- Docteur, entrez vite. Je vous en prie, allez voir ma femme.

- Où est la patiente? 

- Dans la chambre, Docteur.

Le médecin se précipite dans la chambre. La sage-femme s'éloigne afin de laisser le praticien s'occuper de la patiente.

Quelque temps plus tard, la sage femme apparaît sur le pas de porte, un nouveau-né dans les bras. Elle s'approche du père avec son fardeau.

- Vous avez une fille. 

- Et ma femme ? 

- Le médecin est avec elle. 

Celle-ci a perdu beaucoup de sang et s'affaiblit de plus en plus. Le médecin prend son pouls et s'aperçoit très vite que la situation est désespérée. Il appelle Etienne afin qu'il puisse voir sa femme une dernière fois. 

Berthe tend la main à son mari et lui demande de s'asseoir sur le lit à côté d'elle. Elle regarde son mari et presse tendrement sa main.

- Etienne, ces années à tes côtés ont été les plus belles de ma vie. Elles s'achèvent aujourd'hui. Je sais que je te vais te laisser seul avec trois enfants en bas âge. Prends bien soin d'elles. Et, quand le temps sera venu, refais-ta vie. trouve une gentille femme qui saura aimer nos trois filles. 

- Non, ne dis pas ça. J'ai  besoin de toi. Les filles ont besoin de toi. Tu ne peux pas nous laisser...

- Je t'aime...

La jeune femme adressa un dernier sourire à son époux, puis son souffle s'éteignit. Le jeune père se retrouvait seul avec trois fillettes...

Plusieurs mois se sont écoulés depuis le décès de sa femme. La vie est difficile pour l’agriculteur, seul avec trois fillettes en bas âge. Le bébé, prénommé Albertine, grandit. Une fermière des environs, mère d’un nourrisson elle-aussi, lui a donné un peu de son lait.

Pendant la journée, durant les lourds travaux des champs, la mère d’Etienne s’occupe des fillettes et du foyer de son fils. Durant l’été, il faut également nourrir les ouvriers agricoles venus aider à la ferme. Elle s’occupe également du potager et du verger qui leur fournissent fruits et légumes. En été, la mère passe de nombreuses heures à la confection de conserves et de confitures.

Cela fait beaucoup de travail pour cette femme de 50 ans. Etienne est reconnaissant envers sa mère pour l’aide qu’elle lui apporte.

Etienne travaille à la ferme familiale avec son père. Ils ont un domaine de 15 hectares, dont 5 hectares de forêts qui leur fournit le bois dont ils ont besoin pour le poêle à bois qui leur sert de cuisinière et de chauffage en hiver. Ils possèdent une vingtaine de vaches laitières, une trentaine de moutons, quelques porcs, des chevaux de trait, des lapins et des poules. La laine des moutons leur permet de s’habiller. Sa mère file les écheveaux de laine que lui fournissent son mari et son fils et les transforme en vêtements. Le lait des vaches leur fournit un salaire régulier bien que peu élevé et du lait à volonté pour leur usage personnel. Leur exploitation, bien que modeste, est rentable et leur permet de vivre sans manquer de rien.

A l’automne, le moment est venu de faire boucherie. Une ou deux génisses, deux porcs et quelques  moutons sont mis à mort. Les animaux sont dépecés. La mère passe ensuite de nombreuses heures à préparer la viande, à la sécher pour l’hiver. Les saucisses sont fumées et séchées. Le saindoux récupéré sur les animaux, outre la cuisine, servira également à entretenir les cuirs qui seront transformés, selon les besoins en vêtements et chaussures. Durant ces jours, une odeur difficilement soutenable flotte dans l’air.

Pendant ce temps, les deux hommes s’occupent des fruits ramassés durant l’été et fabriquent l’eau de vie dont ils auront besoin pour leur exploitation et leurs besoins personnels. Chaque exploitant bénéficie d’un droit à la fabrication d’alcool car celui-ci leur sert également de désinfectant pour soigner leur bétail et leurs blessures. Certains exploitants bénéficient en outre du droit de vente.

Au début de l’hiver, tous les travaux de ferme sont terminés. Le moment est venu d’entretenir le matériel, d’effectuer des réparations et de couper du bois pour la saison froide qui s’annonce. La nuit tombant tôt, on se couche tôt pour éviter une trop grande consommation d’huile. Lorsque l’on fait des veillées, c’est à la lueur du feu de cheminée…

Durant l'hiver, la mère passe ses soirées à tricoter chaussettes, pulls, gants et bonnets pour sa famille. Les hommes profitent d'un moment de répit avant le coucher en buvant tranquillement un petit verre d'alcool. 

On dîne tôt dans ces campagnes, vers 17h30. Le souper terminé, les hommes se rendent à l'étable pour la traite des vaches. Les boilles (bidons à lait) remplies, ils apportent le fruit de leur labeur à la laiterie du village. Ils reviennent avec un peu de fromage et quelques yogourts ou yaourts ainsi que les appellent leurs voisins français. Lorsqu'ils sont de retour, les filles vont se coucher, permettant aux adultes d'avoir un moment de tranquillité avant l'heure du coucher. 

Le matin, le réveil a lieu à cinq heures. Les hommes prennent un café avant d'aller s'occuper du bétail. Pendant ce temps, la mère prépare un petit déjeuner roboratif. Les hommes ont besoin d'un repas copieux pour tenir jusqu'à l'heure du déjeuner. 

Une année s’est écoulée, la période de deuil d’Etienne s’est achevée. Depuis quelques mois déjà, ses parents l’encouragent à se remarier. Un homme seul avec trois fillettes de un, trois et quatre ans a besoin d’une femme pour tenir sa maisonnée.  Le jeune agriculteur en convient.

Dans le village, les femmes en âge de convenir sont mariées et celles célibataires sont âgées de moins de vingt ans. Il n’y a aucune jeune veuve entre 25 et 30 ans dans les environs. Son métier ne lui laisse guère le temps de conter fleurette à des jeunes femmes. L’été est bientôt là et, avec lui, les durs travaux des champs. Peut-être en septembre, pourra-t-il, se rendre à quelques bals dans les campagnes environnantes et espérer y rencontrer une jeune femme libre de toute attache qui accepterait de partager sa vie avec un jeune veuf…

Ses parents l'encouragent à prendre quelques jours dès les premiers frimats afin de se rendre en plaine, à Neuchâtel ou à Yverdon. On y organise de nombreux bals. Les jeunes femmes célibataires y sont plus nombreuses que dans son petit village situé au pied du Jura neuchatelois.

Etienne ne se sent pas pressé de prendre femme à nouveau, mais il connaît les efforts que fait sa mère à s'occuper toute seule de l'habitation et des filles. Une deuxième présence féminine serait bienvenue. Etienne est décidé à exhaucer le souhait de ses parents.

 

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Rédigé par Christiane

Publié dans #Chapitre 1

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