De la rencontre au mariage

Publié le 17 Juillet 2017

De la rencontre au mariage

En ce dernier samedi de novembre 1905, veille du premier dimanche de l'Avent, Etienne est descendu à Neuchâtel. Sa mère lui a demandé de lui rapporter certaines choses dont elle a besoin et que l'on ne trouve pas au village. Elle lui a proposé de passer la nuit en ville et de sortir un peu. Elle sait que, ce soir-là, la paroisse de Neuchâtel organise une soirée de bienfaisance en vue de récolter des fonds pour ses nécessiteux. Elle pense que, en y assistant, son fils aura l'opportunité d'y rencontrer peut-être une jeune personne qui pourrait lui convenir. Ce dernier doit, par ailleurs, remettre au pasteur quelques vêtements que ce dernier pourra distribuer à la ses pauvres. 

Etienne est descendu dans une petite pension de famille tenue par un couple de quinquagénaires qui connaissent bien les parents de Germaine. Lorsqu'ils rencontrent le jeune agriculteur, ils pensent immédiatement qu'il pourrait être un parti acceptable pour la jeune femme. Peu de prétendants se sont montrés intéressés par une jeune femme handicapée. Pourtant, cette dernière est plutôt mignonne avec ses grands yeux bruns et ses cheveux châtains. Même si elle se déplace difficilement sans béquilles, elle n'en est pas moins capable de tenir un foyer et vaquer à ses obligations. Germaine aime les enfants et ne serait pas effrayée par la vivacité de trois fillettes de moins de quatre ans. Ils savent par ailleurs que les parents de Germaine envisagent de lui offrir une dot généreuse pour son mariage.

En discutant avec Etienne, ils découvrent qu'il est justement à la recherche d'une épouse et se disent qu'ils pourraient sans doute organiser une rencontre entre les deux jeunes gens. Pendant que ce dernier fait les courses pour sa mère, la tenancière de la pension se rend chez les parents de Germaine. Ceux-ci sont intéressés par ce que leur apprend leur connaissance. Il s'avère que Germaine et sa mère doivent justement se rendre à la fête paroissiale ce soir même. Le moment semble donc propice pour permettre aux deux jeunes gens de se rencontrer.

La soirée bat son plein. Etienne se demande ce qu’il fait là lorsqu’il aperçoit sa logeuse qui lui fait signe. Deux femmes l’accompagnent : vraisemblablement une mère et sa fille. Elles sont assises et le regardent. La plus jeune a de grands yeux bruns chaleureux et de beaux cheveux châtains. Il se dirige vers les trois femmes.

La tenancière de la pension de famille fait les présentations.Germaine et Etienne échangent quelques mots. Très rapidement, ils s'aperçoivent qu'ils ont les mêmes désirs : trouver un conjoint.

Le jeune homme lui parle de sa famille: Antoinette, Amandine et Albertine, âgées respectivement de 4 ans, 3 ans et 17 mois, ses parents, sa ferme. Germaine l'écoute religieusement. Elle hoche la tête de temps à autre, lui pose une ou deux questions . Le contact semble plutôt bien passer.

Ce n'est que, au moment, où il lui propose de prendre un rafraîchissement qu'Etienne se rend compte que Germaine a besoin de béquilles pour se déplacer. Il veut alors l'aider, mais elle refuse et tient à lui montrer qu'elle est capable de se débrouiller seule. Arrivés au buffet, elle pose ses béquilles pour prendre un verre. S'aidant d'une seule canne, son verre à la main, elle se dirige vers le siège le plus proche afin d'y déguster son verre. Etienne est admiratif en voyant la jeune femme se débrouiller seule.

La soirée touche maintenant à sa fin. Les invités commencent à s'éclipser les uns après les autres. Le pasteur a récolté suffisamment de fonds pour aider les nécessiteux de sa paroisse. 

Etienne prend congé de Germaine et se propose de lui faire une petite visite prochainement, que cette dernière accepte volontiers.

Durant les semaines qui ont suivi, un échange de lettres fructueux a lieu entre les deux jeunes gens. Ils ont appris à mieux se connaître et se sont découverts de nombreux points communs. Le jeune agriculteur, très pris par son exploitation agricole, n'a que peu de temps pour la vie mondaine. La jeune femme, de par son handicap, n'est pas très portée sur la vie sociale. Elle préfère rester tranquillement à la maison.  Ils ont tous deux envie de fonder un foyer. 

Comme toutes les jeunes filles de son époque, Germaine travaille à son trousseau depuis de nombreuses années et celui-ci devient conséquent. Elle ne viendra pas les mains vides au mariage. Par ailleurs, ses parents lui ont promis une dot substantielle. Loin d'être stupide, Germaine a très vite réalisé que, bien que plutôt mignonne, son handicap retient les prétendants et que, de ce fait, une dot non négligeable pourrait être un atout. Elle sait que, si elle tient à avoir son propre foyer, elle ne peut se permettre d'être difficile quant au choix d'un époux, les prétendants ne se bousculant pas à sa porte. 

Germaine espère que le jeune homme ne tardera pas à faire sa demande. Elle est convaincue que ses parents verront d'un œil favorable une telle union. Étienne est un brave homme qui prend ses responsabilités au sérieux. 

Bien que ce fut difficile de taire sa maternité, elle  sait que laisser ses parents reconnaître sa fille et l'élever comme la leur a été la meilleure décision. Jusqu'à aujourd'hui, elle a pu profiter chaque jour de son enfant. Maintenant, elle appréhende le moment où il lui faudra renoncer à Marthe... Même si elle sait que cette dernière sera choyée par ses grands-parents, l'enfant devra néanmoins rester loin d'elle. Elle ne peut révéler la vérité à Étienne. Et puis, légalement, Marthe est sa sœur et non sa fille. 

C'est maintenant officiel : les fiançailles ont été annoncées. Les noces sont prévues pour le mois de mai. Les félicitations arrivent de toute part. 

Germaine et sa mère sont affairées à la préparation du mariage. Celui-ci aura lieu en mai. Le vendredi aura lieu la cérémonie civile. La bénédiction religieuse se déroulera le samedi après-midi et sera suivie par un vin d'honneur ou, ainsi qu'on l'appelle dans la région, un thé. Les proches participeront ensuite à un repas de fête au domicile de la famille de la mariée. Les mariés passeront la nuit chez les parents de Germaine. Le lendemain matin, ils rentreront chez eux. Il n'est pas question de voyage de noces, la ferme n'attend pas et les parents d'Étienne ont hâte de pouvoir laisser le plus gros de l'activité du domaine à leurs enfants et pouvoir diminuer leur activité professionnelle. 

Germaine est partagée : elle se réjouit d'avoir son propre foyer, mais redoute la séparation d'avec sa fille. Étienne ignore bien évidemment que Marthe est la fille de sa promise. Il pense que c'est la sœur de sa fiancée, enfant née sur le tard. Mais, pour la jeune femme, se séparer de cette enfant qu'elle a pu garder auprès d'elle jusqu'à maintenant sera un acte difficile. L'amour maternel ne disparaît pas avec la distance. Comment pourra-t-elle faire face à cette situation ? Comment apprendre à vivre sans son enfant ? D'autant plus qu'elle aura à s'occuper de trois fillettes qui ne sont pas les siennes ! Sera-t-elle capable de faire avec ? Même si elle avouait la vérité à son promis, il n'est pas sûr qu'il comprenne ses sentiments. Il pourrait même aller jusqu'à annuler le mariage. Et si elle lui en parle après la cérémonie, il pourrait se sentir trahi. Peu de chance qu'il accepte alors de prendre Marthe avec eux. Et comment réagiraient ses parents ? Après tout, la petite est légalement leur fille. Il ne souhaiteraient certainement pas se séparer de la petite qui vit maintenant auprès d'eux depuis 18 mois. Germaine a beau repassé ça sous tous les angles, il n'y a pas de solution miracle. La petite Marthe doit rester avec ses grand-parents, même si cela lui brise le coeur.

 

 

Rédigé par Christiane

Publié dans #Chapitre 1

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